HighwaytoHell

HighwaytoHell

Jeudi 1er février 2018 à 22:18

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 "Mais cours, putain !"

                Dans les rues désertes de la même foutue ville, éclairée par la même foutue lumière lunaire, pourchassé par les mêmes foutus monstres. Et ce gosse avait rien trouvé de mieux comme idée que d'arrêter de courir. Sa grande soeur lui prit la main et le força à se remettre en route alors qu'il était visiblement au bord de l'évanouissement. Fallait qu'on trouve une planque, vite. Aux grognements, ils avaient mis le paquet sur le budget chasse cette nuit. Toutes les planques habituelles étaient saccagées, aucun des abris qui fonctionnaient d'habitude était libre ce soir. Bordel, pourquoi ça avait dérapé à ce point?

"DROITE !"

                J'ai joint le geste à la parole m'engouffrant dans la petite ruelle sombre sans même regarder s'ils m'avaient bien suivis. Regardé ma montre. Il restait trois heures avant le lever du jour. Beaucoup trop, les deux boulets tiendraient jamais jusque là. Ils passèrent l'angle de la rue et dans le même mouvement j'enfonçais ma lame dans l'espèce de molosse infernal qui talonnait Ambre. Joli nom, à défaut d'être la marathonienne de l'année dont on aurait eu besoin.

                Pas de pause, même pas un instant d'effarement devant la lame qui laissait couler des gerbes de sang du crâne ouvert en deux. L'Enfer, c'était devenu notre quotidien et notre seule demeure. Impossible de quitter la ville, on avait essayé. Une sorte de paroi invisible nous bloquait le jour, et ne disparaissait pas la nuit, où la traque reprenait.  Pourquoi on était que trois? Pourquoi cette ville? Aucune idée. Nous étions coincé dans un jeu infernal, et ce soir ressemblait fortement au  game over.

                Pendant qu'ils grimpaient sur le toit je continuais à trucider les créatures cauchemardesques qui passaient. Cadavres des nuits précédentes qui revenaient à la vie se mêlaient aux nouvelles chimères atroces qu'on avait prit le soin de relâcher en plus sur nous. Au moins, le concept de difficulté progressive était respecté. Sourire jaune et tics carnassiers sur mon visage émacié par la fatigue et tiré pas la rage meurtrière. Au moins, ma vie passée à tuer n'était pas inutile. Courir, chasser puis fuir, je savais faire.

                L'épée couverte de sang visqueux je m'élançais à mon tour sur le toit, avant que le reste de la meute n'arrive. J'avais aussi récupéré quelques petits calibres ainsi que les munitions qui allaient avec. Mais le bruit que ça générait me forçait à ne m'en servir qu'en dernier recours. Recherche visuelle de point de fuite. Ambre était un peu devant, avait sauté sur le toit d'à côté sans m'attendre. Brave fille, au moins elle écoutait les consignes.

                Les rues étaient pleines de monstruosités. Il n'y avait nulle part où se cacher, et sauter de toit en toit n'allait pas temporiser longtemps. Je sus ce qu'il me restait à faire. Je pris la direction opposée, sans un mot. Il n'y aurait pas de trompettes, pas de réussite glorieuse, pas de victoire brillante ni de retournement de situation. C'était juste la fin.

                Pour la première fois depuis des semaines, je pris le temps de marcher en regardant la Lune. Tellement adorée, avant de commencer à la haïr profondément. Ca faisait des semaines qu'elle était pleine, douce et lumineuse. Super contraste à notre situation. Je pris mon Berretta, qui était sûrement le seul objet dont je ne me serai jamais séparé, et tirait quelques balles au hasard, tuant temporairement quelques zombies, une ou deux chimères et une saloperie de gargouille.

                Il viendrait. Recharge, lente. J'avais amené toutes les créatures du coin. crû entendre le petit crier "non!" au moment où je commençais à faire feu, mais ce n'était sûrement que mon imagination qui en faisait des caisses. J'ai toujours été un grand romantique, finalement. Balles dans la tête, inlassablement. C'est fou ce que j'étais bon au tir ce soir là. Encore meilleur que d'habitude alors que j'avais franchement pas de quoi rougir dans le milieu. Des abominations, plus lentes, plus horribles et plus puissantes commençaient à arriver. C'est pas pour rien qu'on passait notre temps à courir la nuit.

                Grotesques amas de chair cousues, ils n'étaient plus que très vaguement humanoïdes, en plus d'être énormes. J'avais pas choisi un bâtiment assez haut il semblerait. Les plus rapides auraient même le luxe de venir me saisir. Mais j'avais foi en moi. Et plus exactement le choix, maintenant. Vous savez ce qui est marrant avec la fin du monde? On peut se balader avec un canon scié sans que personne vous fasse de remarques désobligeantes. Avec un ricanement, je repris le feu désormais nourri qu'il fallait garder pour pas que le toit se fasse envahir. Coup d'œil vers Ambre, personne semblait avoir continue la chasse par là. Le sang appelle le sang, j'imagine.

                J'étais bientôt à court de munitions, d'énergies et j'avais encore bien trop de temps à gagner. Alors il arriva. En flottant doucement. Même pas plus grand que moi, encapuchonné de noir, l'air probablement plus humain que moi, couvert de sang, d'organes de boue et avec l'air fou du tueur traqué. Pourtant, j'étais serein.

"C'est bon, tu as fini?
-Ne me reprends pas comme un enfant, c'est toi qui fait joujou avec nous, pas le contraire.
-Tu penses avoir gagné assez de temps pour eux? Ou tu es simplement désespéré?
-J'étais désespéré avant même que tout ça ne commence. Et je me fiche d'eux.
-Tu les as maintenu en vie longtemps et c'est encore ce que tu fais, pourquoi?"

Tir sur le molosse qui avait sauté sur le toit derrière moi.

"C'était pas plus compliqué que ça. Et puis, on était que trois, je pensais pouvoir comprendre pourquoi eux. Mais en fait, ça n'a plus aucune espèce d'importance.
-Ha oui?"

                Rien que de rester à côté de lui coûtait un effort incroyable, comme si le Néant personnifié s'adressait à vous, dans le seul but de vous voir disparaître. Ses traits d'esprits, son humour noir et sa voix qui émanait à la fois de son corps et dans votre crâne avalait lentement tout espoir, toute combativité, toute énergie positive. Mais ça tombait bien, je n'avais déjà plus rien de tout ça. J'avais déjà essayé de lui mettre une tête, la première nuit. La balle avait tout simplement disparu. Deux fois.

"J'ai gagné.
-Le fait que tu sois coincé sur un toit, u milieu du néant, seul et sur le point de te faire submerger me donne très envie de te donner tort."

                Alors, j'ai sauté sur lui, il se contenta de réapparaître un peu plus loin avec un ricanement maniaque. Et je continuais à l'épée, ignorant les monstres qui commençaient à arriver sur le toit à même pas dix secondes de ma position. Il esquiva en boucle, sans comprendre où je voulais en venir.

"Comment tu gagnes, si tu meurs, je ne comprends pas?
-J'ai lutté."

                Et tout explosa, mon corps et surtout celui de l'encapuchonné en face avec. Ca servait toujours d'avoir des grenades sur soi. Bordel quelle soirée. Sûrement la meilleure de ma vie. C'est pas tous les soirs qu'on tue le marchand de sable.

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